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Appel pour une convergence des luttes contre les politiques sécuritaires et la répression des mouvements sociaux


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A mesure que les gouvernements sociaux-démocrates renonçaient à lutter contre l’insécurité sociale générée par le capitalisme, ils se sont ralliés aux conservateurs pour réprimer les luttes et contrôler les populations. Derrière les murs de l’Europe forteresse érigés par le traité de Schengen, quinze ministres de l’intérieur se sont réunis en octobre 1999 à Tampere pour formaliser une Europe sécuritaire.

Désormais, Etats et organisations caritatives assurent la « cogestion » de la misère. Celle-ci revêt les formes visibles de l’acharnement judiciaire et de la violence policière mais aussi celles, plus sournoises, d’un contrôle social généralisé. Militants et syndicalistes ne sont pas les seuls visés : les dispositifs de surveillance et de répression ciblent des catégories sociales (pauvres, immigrés, chômeurs) et des territoires (quartiers populaires). Loin de ces préoccupations, une majorité de médias relaie avec servilité les agendas gouvernementaux qui font de la « lutte contre l’insécurité » une priorité.

1. Les formes visibles de la gestion de la misère

- Multiplication des dispositifs liés à l’électoralisme sécuritaire de la gauche de gouvernement : contrats locaux de sécurité (CLS), groupements locaux de traitement de la délinquance, police de proximité, surveillance de voisinage, vidéo-surveillance des lieux publics et des parties communes des immeubles, qui s’ajoutent aux brigades du métro (GPSR) et aux milices privées.

Prolifération des polices municipales chargées du contrôle et du « nettoyage » des centres ville par le biais, entre autre, des arrêtés anti-mendicité.

Contrôles d’identité systématiques des populations « à risque » exercés notamment par les Brigades Anti Criminalité (BAC) dans les cités et les quartiers « ciblés »

Cette politique de discrimination sociale conduit au quadrillage policier et judiciaire des territoires ou vivent les populations jugées « gênantes ».

- Multiplication des centres de rétention pour les Sans-papiers

- Prisons remplies par des auteurs de délits mineurs (jeunes, immigrés...), des sans-papiers (plus de 6000 sans-papiers en prison). Conditions de détention inhumaines pour nombre de prisonniers, notamment politiques.

- Les victimes du principe inique de la double peine sont toujours aussi nombreuses.

- Pénalisation et répression des mouvements sociaux, acharnement judiciaire contre les militants et les syndicalistes : matraquages et incarcérations. Actions non-violentes interdites ou interrompues par l’action brutale des forces de l’ordre. Cautions exorbitantes, amendes et contrôles judiciaires pour les auteurs d’actions militantes.

- Bavures policières à répétition et quasi impunité des auteurs. Contrôles d’identité au faciès, multiplication des « outrages à agents »

- Dégradation des conditions d’exercice de la justice. Mise en place du traitement en temps réel entraînant la surpénalisation des faits les moins graves et l’abandon des poursuites contre les affaires de délinquance économique et financière, de réseaux de blanchiment, de trafic international de stupéfiants, de proxénétisme, etc.

Instrumentalisation de l’appareil judiciaire par la police, pression sur les magistrats et avocats par l’exécutif.

- Maintien d’une police politique, les Renseignements généraux, dont les « dysfonctionnements » ont été mainte fois dénoncés et la suppression sans cesse annoncée… et reportée. Cette institution a été sauvée par sa reconversion dans la surveillance et la pseudo-expertise des quartiers populaires.

2. Les formes invisibles de la gestion de la misère

- Mise en place et extension du Service de Traitement de l’Information Criminelle (STIC) : ce fichier national de renseignements et de contrôle intègre pêle-mêle infractions au code de la route, troubles à l’ordre public, actions militantes, grand banditisme, trafiques en tout genres, terrorisme, etc. Arbitraire et illégal, ce fichage concerne aujourd’hui plusieurs millions d’individus.

- Fichage systématique des populations défavorisées (Samu Social, Restos du Cœur...) ou jugées « à risque » (fichier européen EURODAC des sans-papiers et demandeurs d'asile). Interconnexion des fichiers sociaux, accès aux fichiers pour les autorités (fichiers ANPE par les maires, ASSEDIC par le fisc, locataires SONACOTRA par la police...) Fichage des entretiens avec les chômeurs réalisés par l’ANPE dans le cadre du PARE, et transfert de ces données à l’UNEDIC, organisme tenu par le patronat et ses alliés syndicaux de la CFDT.

Le fichage est à la fois répressif et dissuasif. Répressif par l’interconnexion de fichiers mis à la disposition de la justice et de la police. Dissuasif par l’intimidation et la stigmatisation des chômeurs de longue durée (d’emblée suspectés de fraude), des enfants issus de l’immigration (présumés délinquants) ou tout simplement des familles pauvres (tenues responsables de leur misère) menacées d’une mise sous tutelle de leurs allocations familiales.

- Systèmes d'espionnage de masse des communications "Echelon" et "Frenchelon", stockage systématique de toutes les données de connexion aux réseaux téléphonique et Internet, et prochainement, de consultation des sites Web...

- Obligation faite aux constructeurs d'outils de communications d'adapter et de standardiser les matériels et logiciels afin de faciliter l'interception et le décryptage des communications par les autorités.

L’ensemble de ces technologie et moyens nouveaux, l’accroissement et l’interconnexion des fichiers dans tous les domaines réduisent à une peau de chagrin la vie privée de tout citoyen, dont le « profil personnel » (sexe, âge, origine ethnique et sociale, opinions politiques et religieuses, état de santé, relations familiales et sentimentales, profession, mode de vie et de consommation…) est désormais à la disposition sans grandes difficultés des policiers ou agents administratifs qui le souhaite.

- Collaboration de multinationales avec l’appareil répressif (groupe ACCOR, SODHEXO...)

- Interdiction illégale de circuler pour des militants fichés et jugés « indésirables » ; rétablissement des frontières européennes pour empêcher, toujours illégalement, des citoyens de manifester.

- Maintien en toute illégalité du plan Vigipirate.

- Etablissement d’une forme de délation institutionnelle par la mise en place de lignes téléphoniques gratuites et anonymes pour que chacun puisse dénoncer à la police les agissements de ses voisins.

- Multiplication des discriminations (attributions de logements sociaux, papiers, santé, emplois...)

- Consécration par les gouvernements des organisations caritatives comme interlocuteurs d’autant plus sûrs qu’ils confortent l’ordre dominant et repoussent à la marge ceux qui luttent.

Maximum de moyens pour réprimer, criminaliser, stigmatiser, intimider et provoquer par la présence et des interventions constantes de la police, de l’armée et des milices privées. Nombre de médias sont aujourd’hui les complices objectifs des idéolologues sécuritaires.

Minimum de contrôle sur le pouvoir des marchés : fusions, restructurations, licenciements, bénéfices colossaux, quasi-impunité des personnages, quelle que soit leur couleur politique, impliqués dans les multiples « affaires » qui touchent les plus hautes sphères des pouvoirs politique et économique.

Sous son masque souriant, permissif et libéral, la social-démocratie européenne sert, mieux que la droite, les intérêts des possédants. Son nouveau credo : laisser faire le marché, réduire au silence ses victimes et criminaliser ses opposants…

Associations, collectifs, syndicats et indépendant-e-s soussigné-e-s appellent à la convergence des luttes pour accroître l’offensive, en France comme partout dans le monde, contre la dictature capitaliste et l’arsenal répressif et sécuritaire qui l’accompagne.

Nous appelons à une vaste mobilisation contre ces politiques du pire et à la mise en place de moyens pour recueillir, diffuser et échanger les informations afin de briser l’isolement des victimes de la répression et du contrôle, d’alerter la population sur les dangers du tout sécuritaire.

Appel rédigé par : AC !, CRISE, CLIFTI, Inculpés de Fumel, Droit Au Logement, Droits devant !!, MIB, Observatoire des libertés publiques, Syndicat de la Magistrature, SUD Culture, Pierre Rimbert, Laurent Bonelli, Souriez vous êtes filmés, et signé par Alternative Libertaire, CdSL, Fédération Sud Education....

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Dernière mise à jour : 22/09/2001